Chérèque rejoint-il la croisade anti-fonctionnaires ?

jeudi 20 janvier 2011
par  SUPMAE-FSU
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La tribune de François Chérèque publiée dans Libération du 17 janvier a, semble t-il, échappé à la plupart des observateurs. C’est pourtant à une bien étrange profession de foi que s’est livré le secrétaire général de la CFDT. Je ne sais si beaucoup d’adhérents fonctionnaires de la centrale cédétiste achètent Libé mais il est fort possible que pas mal d’entre eux aient pu renverser leur café ou s’étrangler avec leurs tartines lundi matin.

Qu’écrit donc Chérèque ?

Citons un long extrait non sans avoir prévenu le lecteur de s’accrocher à sa chaise :

« Le débat doit aussi porter sur la nature de ces services : il y a des fonctions régaliennes à maintenir sous l’autorité directe de l’Etat (parmi elles, le triptyque police-armée-justice) qui doivent être assurées par des fonctionnaires avec des obligations d’impartialité, de continuité, d’égalité de traitement, qui justifient les garanties protectrices de leur statut. Ces obligations ne peuvent pas se permettre de varier selon les changements politiques.

Pour l’ensemble des autres missions, qu’elles soient conduites par le public ou par des opérateurs privés, l’Etat doit assurer contrôle, évaluation et péréquation afin de garantir la cohésion, la solidarité et l’objectif de réduire les déséquilibres territoriaux et sociaux.

Une mission de service public ne se résume pas à la forme juridique de l’entreprise ou au statut du personnel. Un salarié du privé qui assure une mission de service public n’est pas moins républicain qu’un fonctionnaire qui effectue la même tâche. »

Entendons nous bien : juridiquement, ce que dit Chérèque n’est pas faux. Un voyageur débarquant à Roissy lundi matin et n’ayant pas remis les pieds en France depuis le nouvel an pourrait même ne pas s’en formaliser outre mesure. Hors contexte, ce rappel de la législation en vigueur ne mangerait pas de pain. Les concessions de service public existent dans notre droit. Et, effectivement, on ne mesure pas le républicanisme au fait qu’on est fonctionnaire ou non. Seulement voilà, depuis deux semaines, il y a eu quelques petits évènements qui n’ont pas dû échapper à un secrétaire général de la CFDT : la proposition Jacob de supprimer l’emploi à vie des fonctionnaires ; puis, la semaine dernière, le dépôt par Monsieur Mancel (UMP) d’une proposition de loi visant à limiter le statut de la fonction publique aux missions régaliennes.

Chérèque rejoint-il la croisade anti-fonctionnaires ?
C’est donc au moment où des voix dans la majorité remettent en cause le statut général de la fonction publique que François Chérèque signe cette tribune. Si François Fillon a affublé Christian Jacob du surnom peu glorieux de Rantanplan, je n’ose imaginer les sobriquets que l’on pourrait trouver pour un secrétaire général d’un syndicat ouvrier. Nicolas Sarkozy, qui réforme les concours d’accès à la fonction publique, trop académiques et porteurs de rigidité selon lui, est ringardisé. Chérèque va beaucoup plus loin : un gouvernement qui développerait les concessions de service public dans un domaine aussi vaste que les missions non régaliennes ne rencontrerait pas d’opposition de principe de sa part. Je me demande si Alain Madelin faisait même figurer ce genre de proposition dans son programme ultra-libéral en 2002.

Au moment où Marine Le Pen nettoie le site internet du FN des vieilles propositions reagano-thatcheriennes qui y subsistaient et qu’elle prononce un discours d’un étatisme économique et social à faire rougir Bernard Thibault, lire une telle prose sous la plume du dirigeant d’une des plus puissantes centrales syndicales du pays donne l’impression d’une France cul par dessus tête. Au fait, qu’en pensent les fonctionnaires « non régaliens » adhérents à la CFDT ?