LE MAEDI 21 - UN PROJET AMBITIEUX ET DE NOUVELLES ORIENTATIONS EN FAVEUR DU RAYONNEMENT DE LA FRANCE DANS LE MONDE

lundi 31 août 2015
par  SUPMAE-FSU
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Lors de sa rencontre avec les organisations syndicales en juin dernier, le Ministre avait promis de faire des annonces lors de la « semaine des ambassadeurs » qui s’est achevée ce vendredi, et de répondre ainsi à bon nombre d’interrogations formulées par certains représentants des personnels, dont la FSU/MAE, soucieuse des conséquences sur les agents des importants efforts budgétaires consentis par le Ministère depuis plusieurs années, et des réformes successives – à coût constant - qui n’ont pas démontré leur efficacité, mais ont conduit à accentuer les inégalités entre agents, et à renforcer leur sentiment d’inquiétude voire d’insécurité en ce qui concerne leur outil de travail et leur devenir au sein de la fonction publique d’Etat.

Plusieurs questions demeurent sans réponse : quelle est la place faite aux agents au cœur du système, et sans lesquels le MAEDI ne serait pas ?

Pour la FSU/MAE, le MAEDI 21 ne saurait être uniquement celui du développement international et du tourisme, parce que les agents du MAE concourent eux aussi au rayonnement de la France à l’étranger.

Pourquoi le black-out persiste-t-il en matière financière ?

Le Ministre évoque des réformes à coût constant, la création d’une équipe MAEDI 21 sous la direction du secrétaire général, mais quid du coût de l’organisation de la COP 21 en décembre prochain, à laquelle sont consacrés 5,8 % en AE du budget du MAEDI, et seulement 24,30 % des CP budgétés sur l’exercice budgétaire 2015 ?

Quelles perspectives de rémunération pour les agents ?

En 2015, les dépenses du titre 2 sont contenues à un niveau inférieur à l’inflation, l’enveloppe des crédits catégoriels a diminué de moitié et permet juste de traiter les réformes précédemment engagées (bas salaires), la modération des rémunérations des agents de l’Etat est bien réelle, tout comme la persistance du gel du point d’indice.

Le taux de mise en réserve des crédits de rémunération est conforme au seuil fixé par la loi de programmation des finances publiques, celui des crédits de fonctionnement est supérieur à cette loi, et au seuil proposé par le gouvernement dans son projet de loi de programmation des finances publiques pour la période 2015/2019.

Dans quelles conditions les agents effectueront-ils leur travail ?

La FSU/MAE a demandé au Ministre l’arrêt de la suppression des ETP, qui conduit les agents à travailler à flux toujours plus tendu et, favorisant le développement de stress au travail, induit une augmentation du nombre des suicides, à l’étranger comme en administration centrale.

Comme il s’y était engagé en juin dernier, le Ministre a communiqué lors de son discours de clôture de la semaine des ambassadeurs les nouvelles orientations du MAEDI.

Mais pour la FSU/MAE, le compte n’y est pas.

Les attentes des agents, leurs préoccupations en matière de rémunération ne sont pas traitées ; les négociations PPCR n’augurent rien de bon en matière de perspectives de carrière et de rémunération. La nouvelle feuille de route du MAEDI, ambitieuse, ne va manifestement pas concourir à l’amélioration des conditions de travail des agents.

La diplomatie globale, qui doit permettre à la France de rayonner à travers le monde, ne dispensera probablement pas notre Ministère de gestion des crises d’avoir à gérer « des agents en crise »…

ELARGISSEMENT DU CHAMP DE COMPETENCES

En 2014, le champ de compétence du MAE s’est développé avec le rattachement du commerce extérieur et l’élargissement au tourisme pour devenir l’actuel MAEDI.

Depuis 2012, l’accent a été mis sur la diplomatie économique, la nécessité de penser global et d’avoir une vision à long terme, et surtout d’adapter nos outils en conséquence.

Depuis 2014, l’accent est mis sur la diplomatie globale, qui doit permettre de soutenir et de défendre partout les intérêts de la France et des Français.

Selon le Ministre, il est plus que jamais nécessaire de mener une politique étrangère globale, dans sa géographie, ses domaines d’action, la variété de ses instruments.

DE NOUVELLES PRIORITES POUR DEFENDRE PARTOUT LES INTERETS DE LA FRANCE ET DES FRANCAIS

4 priorités ont été définies  :

  • la paix et la sécurité,
  • l’organisation et la préservation de la planète,
  • la réorientation et la relance de l’Europe,
  • le rayonnement et le renforcement de la France, pour que notre pays reste une valeur de référence et d’influence sur la scène internationale, un producteur de paix, de protection, d’équilibre et de progrès.

DES REFORMES NECESSAIRES POUR ADAPTER LA DIPLOMATIE GLOBALE AUX ENJEUX DU 21EME SIECLE

Pour réussir cette ambition, le Ministère doit évoluer ; de nombreuses réformes ont été engagées pour adapter la diplomatie globale aux enjeux du 21ème siècle, il est nécessaire de les poursuivre.

C’est le sens du projet MAEDI 21, qui vise à faire du MAEDI un ministère du 21ème siècle, c’est-à-dire un ministère :

  • moderne et exemplaire,
  • à l’interface entre la France et le monde, pilote de l’action extérieure et garant de son unité et de sa cohérence,
  • au service d’une diplomatie globale, capable d’anticiper, de décider, d’agir, de gérer les crises tout en contribuant à la construction de l’avenir du pays et de la planète,
  • et ayant toujours à l’esprit – dans chacune de ses actions – l’exigence de sécurité et de protection, conditions de l’exercice de notre diplomatie.

DE NOUVELLES ORIENTATIONS POUR REPONDRE A DE NOUVELLES EXIGENCES

Les nouvelles orientations du MAEDI répondent à trois exigences :

  • l’adaptation de l’action extérieure  : en France, un conseiller diplomatique sera affecté auprès de chaque préfet de région ; à l’étranger, le champ d’intervention des chefs de poste sera accru dans les domaines de la sécurité, de la diplomatie économique, et de la mise en œuvre d’ambassades vertes ;
  • la simplification pour un service public de qualité  : à l’étranger, une meilleure exploitation des potentiels du numérique devra – d’ici à 2020 – permettre aux Français de l’étranger d’effectuer en ligne l’essentiel de leurs démarches consulaires ; il sera également possible de communiquer avec le service de l’état civil par voie électronique ; le dispositif « visa en 48 heures » sera étendu de façon à ce qu’au moins la moitié des demandes soit traitée dans ce délai ; le portail France Visa devra permettre la dématérialisation totale des dossiers d’ici cinq ans ; les postes devront être présents sur les réseaux sociaux et tripler leur audience d’ici 2017 ; la dotation en outils mobiles de communications sécurisés sera généralisée. Les procédures comptables seront allégées (paiement en ligne des droits de chancellerie, dématérialisation, report de la date limite de gestion). En France, les méthodes de communication devront s’adapter aux réalités de l’internet.
  • la gestion moderne des hommes et des femmes au sein du Ministère : égalité professionnelle, pourcentage des femmes sur des emplois de direction, formation et parcours individuels, réforme des concours, évaluation systématique de la maîtrise des langues étrangères, encouragement à la mobilité extérieure, élargissement du champ d’application de l’évaluation à 360 °, charte du temps, création d’un bureau des familles, renforcement de l’attention portée aux conditions d’expatriation dans les pays à risque, nomination d’un médiateur au sein du Ministère, telles sont les nouvelles priorités de gestion en matière de ressources humaines.

Des conseillers « parcours individuels » devront en 2016 assurer un accompagnement individuel des agents, ces derniers disposeront d’un capital formation pour progresser ; la réforme des concours, qui entre en application en 2016, verra la création d’épreuves visant à mieux prendre en compte l’expérience professionnelle et les qualités personnelles des agents ; l’évaluation systématique de la maîtrise des langues étrangères et le renforcement des compétences linguistiques seront d’autres priorités de gestion ; l’encouragement à la mobilité extérieure sera obligatoire dès 2016 pour les fonctions d’encadrement supérieur ; l’évaluation à 360 ° sera élargie à tous les postes d’encadrants en administration centrale et aux numéros deux à l’étranger ; la charte du temps, adoptée au CTM de mai dernier, doit permettre de concilier vie professionnelle et vie privée : elle décrit ce que doit être un management moderne et doit permettre aux agents d’accomplir efficacement leur travail sans « trop » empiéter sur leur vie familiale ; la création d’un bureau des familles, en 2016, devra permettre de faciliter l’emploi des conjoints (13 conventions bilatérales internationales ont été signées en 2014 dans ce but, l’objectif étant d’arriver à 60 signatures en 2017) ; l’attention accordée aux conditions d’expatriation, notamment dans les pays à risque sécuritaire, sanitaire et environnemental, sera renforcée ; un médiateur du Ministère, sera nommé d’ici à fin 2015, il s’agit d’une personnalité reconnue pour ses compétences, son indépendance d’esprit et son humanisme.

Le Ministre a par ailleurs souhaité :

  • assurer l’importance et la cohérence de la dimension culturelle, universitaire et scientifique  : au sein de la DGM, les compétences éducation, culture et réseau seront regroupées pour gagner en cohérence et en efficacité ; l’Institut Français verra sa tutelle exercée conjointement par le MAEDI et le ministère de la culture et de la communication (dans un souci de réciprocité, le Ministre souhaite voir rétablie la co-tutelle du MAEDI sur France Monde Média, précédemment retirée, parce que audiovisuel extérieur joue un rôle essentiel dans notre diplomatie d’influence) ;
  • adosser l’AFD au groupe « caisse des dépôts » pour donner aux deux entités une perspective et des moyens nouveaux, et permettre de renforcer la puissance de notre politique de développement au bénéfice de l’AFD tout en favorisant l’accroissement de l’influence internationale de la caisse des dépôts.

COMMENT LE MINISTRE VOIT LE MAEDI DU 21EME SIECLE

Le Ministre a rappelé qu’il n’était pas seulement responsable de la conduite d’une politique publique, mais également garant du bon fonctionnement du Ministère, et chargé de préparer son avenir.

La feuille de route est vaste, et les évolutions pour adapter le Ministère aux défis du monde moderne nécessaires. Elles devront permettre de renforcer l’efficacité de notre diplomatie dans les décennies à venir.

S’il reconnaît bien volontiers sa responsabilité en la matière, le Ministre indique également avoir besoin pour mener à bien ce projet ambitieux de l’excellence des ambassadeurs, de leur détermination et à travers eux de l’engagement de tous les collaborateurs du MAEDI, français ou de droit local, et de tous les opérateurs.

Il veut dire à tous les agents sa reconnaissance et sa fierté.

CE QUE DIT LA FSU/MAE

Mais Monsieur le Ministre, les agents attendent de vous tout autre chose !

Ils ne se nourrissent pas de reconnaissance, ils demandent de meilleures conditions de travail, de réelles perspectives de carrière et de rémunération, le droit au respect, l’arrêt des réformes à coût constant qui ne font que renforcer les inégalités, l’arrêt des suppressions de poste, qu’on s’intéresse à leur travail et surtout que leur rémunération leur permettre de vivre convenablement et pas seulement de survivre tant bien que mal…

Ainsi qu’elle l’a rappelé lors de l’entretien de juin dernier, la FSU/MAE continue à déplorer que les engagements pris par le Ministre en 2012 de « tout faire » pour obtenir de Bercy les moyens nécessaires en faveur du Ministère n’aient pas été tenus.

Quels moyens seront mis en œuvre par l’Administration afin de valoriser l’évaluation des agents ? Une formation adaptée des évaluateurs paraît judicieuse, afin d’éviter que certains chefs de poste puissent fixer comme objectif à des agents d’exécution d’assister aux cocktails et autres réceptions …

Au détriment de quoi se fera l’accentuation de l’attention portée aux conditions d’expatriation dans les pays à risque ?

Le Médiateur du Ministère sera-t-il indépendant ? Dans quelles conditions exercera-t-il ses fonctions ?

Comment seront choisis les évaluateurs des encadrants en administration centrale ? En cas d’évaluation défavorable, seront-ils éconduits pour l’évaluation suivante comme cela est actuellement le cas dans certains postes à l’étranger ?

La charte du temps, adoptée en CTM et signée par les seuls syndicats réformistes, n’a pas de valeur normative et – contrairement à ce qui y est indiqué – n’a pas été soumise à l’avis du CHSCT ; les contours en sont bien trop flous – et sans connaître la manière ni les moyens avec lesquels l’Administration entend l’appliquer et la faire respecter, à tous les niveaux – laisse la FSU/MAE dubitative…

La FSU/MAE salue la mise en place de l’évaluation systématique de la maîtrise des langues étrangères et du renforcement des compétences linguistiques ; mais elle ne cautionne pas la maîtrise de l’anglais comme un préalable à l’apprentissage d’une autre langue étrangère, a fortiori quand elle n’est pas pratiquée dans le pays d’affectation. Si cette règle est maintenue, la FSU/MAE estime qu’elle contredit la possibilité offerte aux agents d’utiliser leur capital formation pour progresser.

La FSU/MAE regrette également que des chefs de poste puissent refuser des formations – pourtant accordées par le Département à des agents – au motif qu’ils vont quitter leurs fonctions dans un an et qu’ils n’apportent pas la preuve qu’ils pourront utiliser cette formation dans le cadre de leur prochaine affectation qu’ils ne connaissent pas encore...

La diminution des subventions aux instituts français à l’étranger, si elle traduit dans les faits une logique de privé, met l’accent sur la capacité d’auto-financement des établissements et la nécessité de multiplier les sessions de cours de langue, principale source de financement, tout en se donnant les moyens de les mettre en place : une équation pas toujours évidente à résoudre, et qui inquiète à juste titre les personnels concernés au regard de la pérennité des établissements.

Cette situation interpelle la FSU/MAE, qui s’interroge sur la volonté du Ministère de favoriser le rayonnement culturel et linguistique à l’étranger.

Parce qu’une diplomatie d’influence, pour rayonner, a besoin de moyens financiers et humains.

Parce que le rayonnement de la France, tant à l’administration centrale qu’à l’étranger, ne peut s’exercer sans la participation de l’ensemble des personnels, toutes catégories confondues.

ET DEMAIN ?

Pour toutes ces raisons, la FSU/MAE maintient sa demande d’arrêt des mesures restrictives de toutes sortes.

Elle continuera d’intervenir, au niveau du Ministère et des établissements sous tutelle, chaque fois que cela sera nécessaire.

Parce que nous défendons le respect du droit et le droit au respect.

Parce que les agents ne sauraient constituer une variable d’ajustement en ces périodes de restrictions budgétaires qui démontrent leurs limites et leur efficacité.

Parce que les évolutions nécessaires pour faire du MAEDI un ministère du 21 ème siècle ne sauraient justifier des réformes injustes, qui renforcent les inégalités au lieu de les lisser./.


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